
Alessandra Divella
Alessandra Divella, c’est l’histoire d’une femme qui a entendu la terre avant même de la cultiver. Passionnée depuis l’enfance, elle reprend deux hectares en agriculture biologique à Gussago, ce coin de Lombardie niché sur les premiers souffles des Préalpes. Là où d’autres voient un paysage, elle voit un potentiel. Une vibration. Un lieu qui n’attendait qu’une main sensible et indocile pour révéler sa vérité.
Avec seulement du Chardonnay et du Pinot noir, elle façonne des micro-cuvées naturelles comme on écrit un poème — sans soufre, sans artifices, avec les seules levures indigènes et des élevages longs qui laissent le temps faire son œuvre. Ses vins mousseux sont d’une justesse qui coupe le souffle; des bulles fines et précises, dressées sur une colonne vertébrale minérale qui raconte l’argile, le calcaire et l’amplitude thermique de Gussago. La signature d’un terroir fier. Et celle d’une femme qui n’en déroge jamais.
Car Alessandra est entière. Elle refuse les étiquettes qui nivellent les nuances, et elle l’explique avec la franchise des gens qui travaillent les mains dans le réel. Depuis ses premiers millésimes, elle a choisi de ne pas entrer dans l’appellation Franciacorta DOCG. Pourquoi? Parce qu’on n’y communique pas assez sérieusement — selon elle — la mosaïque des sols, la typicité profonde des villages, la noblesse géologique de l’est franciacortain.
Lorsqu’elle cherchait son vignoble, elle avait étudié les sols. Elle avait compris que la partie orientale — plus ancienne, préalpine, bâtie sur l’argile et le calcaire — possédait ce qu’il faut pour donner des effervescents d’une tension lumineuse: acidité mordante, minéralité droite, croquant inspirant. Là où le reste de la Franciacorta repose surtout sur des dépôts morainiques sablonneux et limoneux, venus des anciens glaciers, Gussago se distingue. C’est un « cru », dit-elle. Un terroir de caractère, qui mérite d’être nommé.
Alors elle l’écrit sur ses étiquettes. Gussago. Fier, épuré, assumé. Parce qu’elle veut que chaque bouteille dise d’où elle vient vraiment.
Au fond, Alessandra Divella ne produit pas seulement du vin. Elle offre une lecture du paysage. Elle redonne une voix à un coin de Lombardie que l’on n’écoutait plus assez. Ses bulles ne cherchent pas à ressembler à quelqu’un, ni à flatter un style. Elles sont le fruit d’une vision: artisanale, vivante, engagée.
Une vision où le terroir n’est pas un argument marketing, mais un souffle.
Et où la vérité du sol — sa profondeur, sa rugosité, sa noblesse — remonte en droites lignes dans chaque verre.