Culture Club - Le vin dans les voiles

 

Prendre le temps de goûter à des pesticides. Qui veut essayer? :)

Voici une lecture fort intéressante et qui pose des interrogations fort judicieuses sur l’usage de pesticides dans la culture de la vigne. Bien qu’applicable à l’agriculture conventionnelle et moderne quelle qu’elle soit, c’est la viticulture qui est parmi les plus gros consommateurs de pesticides au monde.

Les deux auteurs de cet ouvrage (un artisan cuisinier et un professeur et chercheur à l’université de Caen, spécialiste des OGM et des pesticides) adoptent une approche scientifique et originale pour mettre en lumière les effets connus et néfastes des pesticides : intoxication durable, déformation du goût du vin et détérioration de l’environnement.

 

 

L’expérience menée prend forme en plusieurs dégustations à l’aveugle proposées à des cuisiniers, des sommeliers et œnologues. Il y aura dégustation de vin en mettant côte à côte et sans jamais identifier lequel est lequel, un bio et un conventionnel du même cépage provenant du même terroir et du même millésime. L’exercice est poussé par après en isolant les pesticides retrouvés dans les vins dégustés. Dilués dans de l’eau pure à des taux identiques à ceux retrouvés dans les bouteilles de vin, les verres de pesticides sont mis côte à côte aux verres d’eau pure pour une dégustation à l’aveugle. Les participants sauront-ils reconnaître les arômes et les sensations en bouche provoqués par les pesticides? Exercice fort intéressant, selon moi, afin de comprendre leurs effets sur les arômes du vin.

Jérôme Douzelet : « Goûter des pesticides peut paraître fou. Mais jamais il ne viendrait à l’idée d’un vrai cuisinier d’élaborer un plat avec des ingrédients qu’il n’a pas testés. On retrouve bien dans les aliments les pesticides pulvérisés volontairement sur les cultures conventionnelles! Alors, pourquoi un cuisinier ne les goûterait-il pas? Il serait même crucial de savoir s’ils influencent le goût. C’est comme si je saupoudrais un plat d’une grosse dose d’un piment inconnu sans me demander si mes convives vont l’apprécier! » p. 29

Tout le livre se déroule sous une forme d’échange entre les deux auteurs qui révèlent leurs trouvailles et leurs recherches avec humour et réflexion. Sans craindre les géants de ce monde en matière d’engrais chimiques, fongicides et autres poisons, les études révélées posent de sérieuses questions quant aux choix faits en toute connaissance de cause, que ce soit en tant que consommateur, que producteur agricole ou même en tant que gouvernement posant les décisions : production vs qualité, durabilité vs court terme, poison vs vie…

On entend souvent l’emploi du mot « phytosanitaire » quand on traite de produits chimiques en agriculture.
« Nous avons déjà expliqué que le mot phytosanitaire signifie « soins des plantes », alors que les herbicides tuent les plantes, que les fongicides tuent des levures ou les champignons (sans soigner les plantes), et que les insecticides déciment les insectes. Voilà les familles des pesticides – le seul mot scientifique répertorié pour le nommer. Toute autre appellation n’est que du marketing. » p.61

En tant qu’entreprise, chez Le vin dans les voiles, nous tenons à nous positionner ouvertement pour une agriculture saine, autant pour l’environnement que pour l’agriculteur et le consommateur, une riche biodiversité sur les terres agricoles et le respect de la vie des sols sans usage de pesticides, quel qu’il soit.

La culture de céréales, de fruits et de légumes et les propriétés avantageuses de la fermentation de ceux-ci sont connues depuis plus de 6000 ans. Ce n’est que depuis l’après-guerre (1945) et avec la révolution industrielle que les pesticides ont fait leur intrusion dans nos vies. On parle de conventionnel alors qu’il ne s’agit que d’environ 75 ans sur des milliers d’années. Comme le disent les auteurs : « il s’agit d’une toute petite parenthèse de l’histoire qui tarde à se refermer.» p.23

Bonne lecture et santé!

 

Le goût des pesticides dans le vin, Jérôme Douzelet et Gilles Éric Séralini

Actes Sud, 2018 - 144 pages

 

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