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Coup de foudre à l'allemande : Jan Philipp Bleeke



Jan Philipp Bleeke est vigneron en Moselle, magnifique région au paysage de pentes abruptes et de verdure qui longe le fleuve du même nom dans le climat frais du nord-ouest de l’Allemagne. Le jeune homme de 33 ans ne possède pas de cave viticole et ne détient pas de fortune familiale. Mais avec son récent projet qui transforme les amateurs et consommateurs de vin en compagnons vignerons, il défie les règles de l'économie de marché locale en Allemagne.

Rencontre avec le très inspirant vigneron aux vins tout aussi énergiques

 

Son parcours

Jan Philipp Bleeke vient de Bielefeld, en Westphalie orientale. « La région dans laquelle j'ai grandi ne permet pas ce métier. » C’est après plusieurs détours et expériences professionnelles qu’il a trouvé le bonheur en Moselle. Après son apprentissage de vendeur de voitures, il est diplômé d'une université de sciences appliquées et a étudié la gestion du marketing. Pendant ses études, il a travaillé chez un caviste, puis a fait un stage au Stonyrige Vineyards en Nouvelle-Zélande, où il est tombé amoureux de la viticulture. De retour en Allemagne, Jan Philipp complète sa formation de vigneron auprès de la célèbre cave Witwe Dr. H. Thanisch Erben Müller-Burggraef. Il rejoint ensuite l’équipe du domaine Staffelter Hof à Kröv, avec qui il trouve ses repères, l’aide et la confiance qui le mènera à réaliser ses propres idées. Avec la permission d’utiliser leurs installations et guidé de leur savoir-faire, Jan-Philipp cultive enfin ses propres vignes en biodynamie sur une parcelle d'un hectare qu'il loue.

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Son rêve

Jan Philipp Bleeke est un homme d'affaires de formation et a étudié le marketing avant de tout jeter et de choisir courageusement de devenir vigneron. « Et il ne s'agit pas de posséder un domaine viticole, il s'agit d'aller travailler heureux tous les jours et de rentrer chez soi heureux. » Son projet de lancer un Solawi viticole n’est donc pas un hasard quand on considère son cheminement. Un Solawi? 

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Solawi ... ou agriculture solidaire

L'agriculture solidaire, Solawi en abrégé, signifie que producteurs et consommateurs se mobilisent et financent ensemble la production et se partagent l'intégralité de la récolte. Il existe, dans la région de Moselle, trois de ces communautés économiques alternatives, dont celle pensée et créée par le talentueux jeune vigneron. Bleeke crée en 2019 le Solawi CSVino. (CS, qui signifie Communautaire Soutenu et Vino pour vin, évidemment.)

Avec la Wein-Solawi de Bleeke, les membres supportent solidairement tous les coûts de production : loyer, matériel et salaire du vigneron. Tout le monde est impliqué dans la production dès le début. Tout le monde s’approprie le vin et pas seulement financièrement. La communauté partage tout : les hauts et les bas, les succès et les risques et enfin, bien sûr, le vin!

C’est en novembre 2019 que lui vient l’idée de ce projet après une rencontre déterminante avec le duo derrière Myzelium, organisme innovant qui aide à la réalisation de projets d’entreprises solidaires et communautaires.

« J'ai dormi sur notre rencontre pendant quelques nuits et j'ai pensé… je vais y aller! »  Le vigneron écrit son concept et se lance rapidement. Déjà, pour sa première année, il reçoit 25 participants, ce qui ne semble pas trop stressant pour lui. « J'ai beaucoup voyagé et je cherche des gens provenant de toute l'Allemagne. » Les 25 participants de départ, étudiants, universitaires et retraités, se réunissent tous début mai 2020 afin de définir leur part des frais de fonctionnement annuel.

« La solidarité est importante pour moi. Je veux que les participants aient une idée de ce que signifie faire du vin sur la Moselle. Ils doivent redécouvrir la Moselle de manière multi-émotionnelle, connaître les différents types d'économie, les problèmes et les bons côtés. » Il lui tient aussi à cœur que les gens apprennent à apprécier l'importance des pentes raides de la région. Il est intéressé par l'apprentissage commun, l'échange, mais aussi l'appréciation.

Avec son Solawi, Jan Philipp ne veut pas seulement vendre du vin. Il emmène ses collaborateurs dans le monde fascinant de la viticulture en leur proposant cinq ateliers. « Nous allons faire le tour des vignobles et visiter des vignerons pendant un week-end. » À Kinheim et à Reil, il mettra en lumière la viticulture biodynamique. Il y aura une dégustation et les participants seront présents aux vendanges. Le dernier atelier comprendra la mise en bouteille du vin l'année suivante. À travers le tout, il y aura également des journées pratiques pour l'entretien des installations. Et ainsi, les buveurs de vin deviennent « co-vignerons ». À l’opposé de ce qui se fait régulièrement en viticulture et en agriculture, le modèle solidaire d’un Solawi uni les forces et les idées locales au lieu de l’emploi de travailleurs saisonniers mal payés.

Si tout le monde va bien, j'ai accompli mon existence sur cette planète. J'entends par là tout le monde : la nature, les gens, le sol, les animaux. Mes actions doivent avoir un impact. Vos actes aussi. Il est clair pour moi que je ne peux pas changer le monde d'un seul coup. Mais je peux commencer petit.

Attention, Jan Philipp Bleeke ne serait pas lui-même s'il s'arrêtait à l'idée d'un petit Solawi. Il souhaite s'étendre, sur les pentes raides, notamment sur les anciennes zones en friche. Il a déjà prévu son prochain projet, un poulailler sur roues à loger parmi les vignes. L'idée étant que les poules mangent la verdure et fertilisent les sols à parts égales en plus de donner des œufs. La vision continue et on a pas fini d'entendre parler du jeune homme et de savourer ses vins.

Pour moi, il n'y a rien de plus grand que de suivre ma passion au quotidien. Produire des vins qui inspirent les autres et, espérons-le, les rendent heureux.

 




 
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