Monique n’est pas née de la dernière vendange

Monique n’est pas née de la dernière vendange

L'autre jour, Mélanie, notre représentante qui sillonne les Hautes-Laurentides pour faire découvrir nos vins aux restaurateurs, nous a fait part d'une réflexion qui nous a allumé une petite lumière.

Elle entend souvent la même chose lorsqu'elle propose nos vins :

« Ah, mais ici, on ne se fait pas vraiment demander de vins nature. »

Ou bien : « Vous savez, on a une clientèle plutôt corpo, des gens d'affaires. »

Ah bon. Parce que les gens qui portent des chemises et qui travaillent en finance n'ont pas de papilles gustatives?

Et Mélanie a soulevé une excellente question : et si les gens n'osaient tout simplement pas demander?

C'est fascinant, cette manie de décider à la place des gens de ce qu'ils aiment. Ou pire, de ce qu'ils sont capables d'apprécier.

Prenons Monique.

Monique est au restaurant avec ses collègues. Elle aimerait bien boire un verre de vin. Elle ouvre la carte et découvre une sélection aussi audacieuse que le buffet continental d'un hôtel d'aéroport.

Elle commande un pinot grigio.

Pas parce que c'est son vin préféré. Pas parce qu'elle rêve depuis mardi de retrouver cette merveille de neutralité dans son verre.

Non. Parce que c'est ce qu'il y a.

Elle boit son verre à 18$, sourit poliment, continue sa conversation et se dit intérieurement : « C'est donc bien dommage qu'ils n'aient rien de plus intéressant. »

D'autant plus qu'elle connaît peut-être très bien cette bouteille à 15$ qu'elle pourrait s'acheter elle-même.

Mais elle ne dit rien.

Et le restaurateur, lui, regarde ses ventes et conclut : « Vous voyez? Les gens veulent du pinot grigio. »

Et voilà comment on transforme une absence de choix en preuve de satisfaction.

Le plus ironique, c'est que nous, des Monique, on en connaît des milliers.

On compte aujourd'hui plus de 3000 clients particuliers récurrents. Des artistes, des avocats, des profs de yoga, des comptables, des gens de la construction, de la santé, de l'enseignement, des entrepreneurs, des fonctionnaires, des designers, des ingénieurs, des gens de la finance, des retraités, des jeunes professionnels et des épicuriens de tous horizons.

Des gens qui passent leurs journées en complet, en salopette, en uniforme, en leggings ou en mou. Des gens qui n'ont pas nécessairement grand-chose en commun sur papier, mais qui partagent une chose : le plaisir de boire quelque chose de bon, de vrai.

Parce que la curiosité, voyez-vous, ça ne vient pas avec un code vestimentaire, une profession ou une tranche de revenus.

Et savez-vous ce que ces gens nous disent régulièrement?

« On est allés manger à tel endroit, c'était délicieux, mais la carte des vins était tellement plate! »

Ou encore : « Ils avaient des importations privées, mais franchement, rien de bien excitant. »

Parce que, petite parenthèse importante : l'importation privée n'est pas en soi un gage de qualité ou d'originalité.

On connaît et on admire énormément de collègues importateurs qui font un travail remarquable pour nous faire découvrir des vins extraordinaires. Mais l'importation privée reste un mode de distribution, pas une garantie de coup de cœur. Ce qui nous intéresse, au fond, c'est ce qu'il y a dans la bouteille, l'histoire derrière et surtout le plaisir qu'elle procure.

Et entendons-nous : il existe de magnifiques cartes des vins qui ne contiennent aucune de nos bouteilles. Heureusement! On n'a pas le monopole du bon goût et on ne prétend certainement pas l'avoir.

Ce qu'on trouve dommage, c'est de voir encore autant de cartes construites autour de cette vieille croyance selon laquelle les clients veulent nécessairement des vins sages, prévisibles, sans surprise.

Comme si la curiosité était réservée à une petite élite de connaisseurs en cols roulés qui savent prononcer Gewurztraminer sans hésiter.

Un bon vin naturel, ça ne demande pas un doctorat en sommellerie pour être apprécié.

Ça peut être frais, délicat, gourmand, élégant, accessible. Ça peut aussi être surprenant, un peu décoiffant, merveilleusement singulier.

Bref, il y en a pour beaucoup plus de gens qu'on le pense.

Alors, on a une petite demande à vous faire :

LA PROCHAINE FOIS QUE VOUS ÊTES AU RESTAURANT, OSEZ DEMANDER.

« Est-ce que vous avez des vins nature? »

« Vous auriez quelque chose d'un peu moins classique à me proposer? »

« J'aime les vins de petits producteurs, vous avez quelque chose dans ce style? »

Pas besoin de faire une scène. Ni de lever les yeux au ciel devant le pinot grigio. Il n'a rien demandé, le pauvre.

Mais dites-le.

Parce qu'un restaurateur ne peut pas deviner une envie que personne n'exprime. Et parce qu'il y a peut-être un sommelier, quelque part, qui rêve justement de sortir des sentiers battus, mais qui attend un petit signe de sa clientèle.

La demande existe. On le sait, on la côtoie tous les jours. Il est temps qu'elle se fasse entendre ailleurs que dans nos conversations entre amateurs.

LES VINS QUE MONIQUE AURAIT AIMÉ TROUVER SUR LA CARTE.

Parce qu'entre le verre qu'on commande par défaut et celui qui nous donne envie de revenir, il y a tout un monde.

Voici six vins qu'on aimerait croiser plus souvent au restaurant. Six personnalités, six façons de se faire plaisir à table, et absolument aucun examen de sommellerie requis.

LE BLANC QUI FAIT OUBLIER LE PINOT GRIGIO

Panorama blanc 2025 — Domaine Les Hautes Terres

Fruité, crayeux, minéral et délicieusement frais. Le blanc qui fait saliver dès la première gorgée et qui transforme un simple apéro, une salade ou un plat de poisson en petit moment de bonheur. Facile à aimer, impossible à trouver ennuyant.

LE BLANC QUI A DE LA CONVERSATION

Gundelsbach Weissburgunder & Chardonnay 2025 — Weingut Gold

Des fleurs, des fruits jaunes mûrs, une petite touche de sésame grillé et une bouche élégante, texturée, vibrante. Celui qu'on rêve de voir arriver avec une truite meunière ou un plat asiatique. Un vrai blanc de gastronomie, sans la moindre prétention.

L'ORANGE QUI CONVERTIT LES SCEPTIQUES

Casèbianco 2023 — Domaine Casè

Un bouquet de fleurs, du zeste d'agrumes, du gingembre et une petite touche d'épices. Ample, gourmand, vibrant. Avec une pizza blanche ou un curry végétarien, c'est le genre de mariage qui fait oublier tous ses préjugés sur les vins orange.

LE ROUGE QUI NE SE PREND PAS AU SÉRIEUX

Déferlante rouge 2025 — Domaine Déferlante

Une véritable avalanche de petits fruits rouges, de fraîcheur et de tanins soyeux. Léger de caractère, généreux en plaisir. Légèrement rafraîchi avec une planche de charcuteries ou un banh-mi au poulet grillé : voilà un rouge qui mérite sa place au verre!

LE ROUGE QUI IMPRESSIONNE MÊME EN SOUPER CORPO

La Grande Ourse rouge 2023 — Domaine La Grande Ourse

De la myrtille, de la violette, de la réglisse, une bouche dense et soyeuse, une finale qui s'étire. Avec des grillades ou des côtelettes d'agneau, c'est la grande classe. Parce qu'un vin nature peut aussi avoir beaucoup de prestance et parfaitement accompagner une négociation de contrat.

LE ROSÉ QUI REFUSE D'ÊTRE UN ROSÉ COMME LES AUTRES

Pan 2024 — Vin des Potes

Oubliez le petit rosé pâlot qu'on boit machinalement en terrasse. Ici, on parle de fruits rouges croquants, d'épices délicates, d'une bouche suave et d'une jolie structure tannique. Un rosé qui a du répondant, parfait avec un tartare ou un plat aux saveurs umami. De quoi faire jaser Monique.



Et Monique, la prochaine fois, on lui souhaite un verre qui lui donnera envie d'en commander un deuxième.

Pas parce que c'est le seul choix.

Parce que c'est sacrément bon.

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